Association Française pour la Reconnaissance du Déni de Grossesse

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Je ne savais pas comment l’aimer

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mercredi 20 janvier 2010

Dernière mise-à-jour le 20 janvier 2010

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Il y 5 ans et demi, j’ai fait un déni de grossesse.

Je travaillais, avais un petit ami, vivais avec ma mère. Je ne me voyais pas du tout être maman. Je suis partie en vacances au bord de la mer avec des amis, j’en étais à cinq mois de grossesse et pourtant pas une trace lorsque j’enfilais le maillot.

Je pense avec le recul que je me doutais inconsciemment de ma grossesse, j’hésitais constamment devant la pharmacie "J’achète ou j’achète pas ce test de grossesse ? Mais pourquoi faire, ça se trouve je ne suis pas enceinte, je me fais des idées".

Une nuit, je me sens mal, je me mets à vomir sans pouvoir m’arrêter. Le médecin de famille arrive et m’ausculte attentivement. Il se relève de mon ventre et me dit :"Je pense que tu devrais faire un test de grossesse".

C’était le choc total pour moi. Je cours donc faire mon test et arrive chez mon gynécologue avec les résultats. La sanction tombe : je suis enceinte de six mois et demi.

La tête du bébé à l’échographie était on ne peut plus claire. J’étais dans la confusion la plus totale : j’étais aménorrhée depuis des années, je ne pouvais pas être enceinte, et puis j’étais persuadée que je ne pourrais jamais avoir d’enfant. La nouvelle m’a fait un choc. Heureusement pour moi, à ma grande surprise, ma famille m’a soutenue.

Mon ventre tout à coup s’est mis à gonfler, gonfler. La grossesse a été très courte du coup et malgré le fait que je sache que j’étais enceinte, c’était une surprise renouvelée tous les jours.

C’est une expérience très dure à vivre pour plusieurs raisons : les gens ne comprennent pas que l’on ne puisse pas sentir une grossesse. Certains pensent que l’on ment. Il y a aussi le fait que dans une grossesse "normale" qui dure 9 mois, la mère à le temps de se préparer à être maman, alors que dans mon cas j’ai ressenti la grossesse comme une chose non pas voulue, mais forcée, où je n’avais plus d’autre choix que d’avoir un bébé.

De plus au bout de deux mois de grossesse "non voulue" me voila avec un bébé dans les bras, et tout le monde s’attend à ce que le sentiment maternel inné -c’est bien connu- chez chaque femme me fasse devenir une mère parfaite et exemplaire. J’ai dû doublement apprendre à être mère, d’une part comme la plupart des femmes qui ont un enfant, et d’autre part en acceptant aussi le fait que je sois une mère. Je dois dire qu’il m’a fallu du temps. Pendant longtemps j’ai vu mon fils comme un bébé qui s’était imposé à moi et je lui ai voulu, ainsi qu’à moi-même pour ne pas m’être aperçue de mon état.

Je ne savais pas comment l’aimer. Je l’aimais pourtant. Mon fils reflétait aussi cette ambiguïté que j’avais à son égard. Il était distant, me donnait peu de câlins. Il m’a fallu de temps et une certaine remise en question avant d’accepter tout cela mais je crois que j’ai surmonté épreuve.

Aujourd’hui mon fils est un grand gaillard de bientôt six ans, que j’aime. Nous avons réussi à nous rapprocher l’un de l’autre et on s’aime vraiment beaucoup, c’est important pour moi. Je suis très heureuse avec lui. J’aimerais bien avoir un autre enfant, mais cette fois, commencer dès le début et vivre une vraie grossesse de plusieurs mois.

Voila, j’ai 28 ans et la vie devant moi.


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